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13/01/2009

Les accros au sexe !

Ils ne pensent qu'à ça toute la journée. A la manière de Philippe H., qui témoignait dans la SonntagsZeitung du 28 décembre dernier. Il se lève à 7 h 30 le matin pour trouver un pissoir fréquenté par des homosexuels recherchant «un petit coup vite fait» avant d'aller au travail. Et d'avouer qu'à 42 ans il a déjà eu des relations sexuelles avec 3000 hommes dans son existence. «J'ai complètement perdu le contrôle de ma vie», se désole-t-il. (source: lematin.ch)

Pour Peter Gehrig, l'un des sexologues suisses les plus connus et fondateur de l'Institut zurichois pour la sexologie clinique et la thérapie sexuelle, le cas de Philippe H. est symptomatique. Selon le médecin, les accros ne vivent pas le sexe comme un plaisir ou un contentement, mais comme une quête perpétuelle et inassouvie de moments de bonheur.

10% de femmes accros
Bien qu'on ne dispose pas de statistiques précises, le problème semble s'amplifier. A la façon des groupes d'entraide mutuelle tels les Alcooliques Anonymes, des soutiens aux accros du sexe émergent en Suisse. Ainsi Berne et Coire ont déjà leurs groupes de Sexoliques Anonymes. Et jeudi ce sera au tour de Zurich de franchir le pas, à l'occasion d'une soirée d'information. A l'initiative de Werner Huwiler, du Bureau zurichois de consultation masculine. «Beaucoup d'hommes se tournent vers nous pour trouver de l'aide», constate-t-il.

Et les femmes? Selon le psychologue américain Patrick Carnes, qui a lancé en 1975 le concept de dépendance sexuelle, la problématique toucherait 10% de femmes, mais concerne tous les âges et aussi bien les hétérosexuels que les homosexuels.


«La définition de l'addiction au sexe dépend des valeurs morales», poursuit Peter Gehrig dans la SonntagsZeitung. «Il n'est pas question d'imposer des critères objectifs. Si vous êtes très heureux avec trois partenaires par jour, il n'y a pas de problème. On peut tout de même donner la définition clinique suivante: les dépendants sexuels sont des sujets qui souffrent de leur condition, des gens qui essaient de réduire ou de mettre fin à leur pratique, mais qui n'y arrivent pas», précisait Marc Valleur, chef du service de soin aux toxicomanes à l'Hôpital Marmottan, à Paris, dans «Le Matin» du 7 septembre dernier.

Ainsi le cas de Philippe H. diffère de celui de Roland G.*, père de famille de 55 ans. Mais ces deux hommes souffrent du même mal. Roland G.: «Je me masturbe beaucoup pour chasser mes douleurs, mes peurs et mes angoisses.» Et d'avouer qu'il passe des heures au bureau devant des sites Internet pornographiques, au lieu de travailler. Et ensuite il trouve un prétexte pour quitter le bureau et se lance dans une quête de sexe. Il rencontre des prostituées, des transsexuels et va même jusqu'à demander de l'argent à ses parents pour assouvir ses pulsions.

INTERVIEW
Georges Abraham, psychiatre et sexologue genevois. Ancien professeur de médecine à Genève et à Turin.

 

Comment devient-on dépendant?
La dépendance sexuelle est particulièrement complexe car le sexe est un jeu de sensations et d'émotions. Il s'agit plutôt d'une dépendance émotionnelle que mécanique. Un peu à la manière de ceux qui sont accros à la peur en aimant les activités à haut risque, ou de ceux qui sont accros à la colère ou à la honte.

Comment se rendre compte qu'on glisse dans cette dépendance?
A la lumière de mes consultations, j'ai pu constater que c'est généralement un problème qui touche les couples. Souvent, je m'aperçois que l'homme a tout fait pour que sa femme s'en rende compte. Par exemple, en se laissant surprendre alors qu'il se masturbe devant un film pornographique. Il lui avoue alors avoir un problème avec le sexe. En faisant ça, il se place dans la posture d'un malade et sa femme le considère comme tel. Elle développera alors des attitudes maternelles. C'est probablement ce qu'il recherche.

Donc ce n'est pas aussi simple qu'une dépendance à la drogue?
Effectivement, ce n'est pas une addiction comme une autre, mais elle entre dans la famille des addictions. Ce n'est pas comme une drogue qui crée un besoin. Le manque concernera la substance. Tandis qu'avec le sexe le manque est à chercher ailleurs, au niveau d'une émotion par exemple, comme dans le cas du mari cité plus haut, qui cherche des attitudes maternelles chez son épouse.

Comment soigner ce problème?
Il me semble que ces groupes d'aide sont un peu un truc à la mode et commercialisé. Notamment parce que des stars américaines ont parlé de leurs problèmes. C'est trop voyeuriste à mon sens. Et il ne faut pas oublier qu'en matière de dépendance les réussites restent généralement très modestes. Il faut d'ailleurs se méfier des gens qui se disent accros au sexe, car les personnes vraiment concernées ont de la peine à reconnaître leur dépendance. (source: lematin.ch)

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