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16/03/2009

Dépendants Affectifs et Sexuels Anonymes

Anorexiques ou boulimiques d'affection ou de sexe, ils se retrouvent le soir dans des groupes de parole pour échanger sur leur souffrance, et se soutenir. Plongée chez les Dépendants Affectifs et Sexuels Anonymes (DASA). Et si la maladie d'amour pouvait se soigner comme l'alcoolisme ?

 

« Bonjour, je m'appelle Anne. Je suis Dépendante Affective et Sexuelle Anonyme ». En ce dimanche soir d'hiver, la voix de cette jeune femme brune engoncée dans son manteau résonne contre les murs froids de la pièce. « Bonjour Julie » répondent en cœur les quinze participants de cette réunion de Dépendants Affectifs et Sexuels Anonymes (DASA). A la fenêtre de cette salle attenante à l'Eglise Saint Leu à Paris, les néons colorés de la rue Saint Denis proposent des plaisirs sexuels facturés. Tout le monde se connaît, se sourit, se soutient. Aujourd'hui, comme chaque premier dimanche du mois, opération portes ouvertes pour la fraternité DASA. Tous les membres acceptent de se plier à l'exercice et racontent leur arrivée à DASA, première étape du programme en douze points de désintoxication amoureuse. « Nous avons admis que nous étions impuissants devant notre dépendance affective et sexuelle, que nous avions perdu la maîtrise de nos vies ». La modératrice de la réunion, Sophie, lit les principes de base des DASA. Derrière ses lunettes carrées, elle a plus l'air d'une maîtresse d'école que d'une dangereuse obsédée sexuelle. À son doigt brille une alliance. Elle poursuit les quelques pages de littérature DASA à voix haute et distribue ensuite à chacun la parole. Trois à quatre minutes pas plus précise-t-elle, « pour que chacun puisse avoir son temps de partage ». « Tout propos excessivement sexuel ou grossier est banni. Vous êtes tenu de respecter l'intimité et la pudeur de chacun ». Non, DASA ce ne sont pas des réunions de détraqués qui aiment à se retrouver le soir dans des Eglises pour se raconter des histoires salaces. (Source: mediapart)

 


 

 

Sophie distribue ensuite la parole aux participants. Les mains se lèvent, l'enthousiasme est perceptible, le besoin de parler aussi. Pour beaucoup, ces réunions DASA sont de réelles soupapes à « une vie trop dure à vivre pour être vécue telle quelle » comme l'expliquait Freud. Sophie, lorsqu'elle se donnera la parole plus tard, racontera une existence dévorée par la jalousie. « Je suis mariée, et toute femme est une rivale à mes yeux. Ma jalousie me pourrit la vie, mais aussi celle de mes enfants. Je suis venue à DASA pour que mes enfants arrêtent de m'entendre crier sur mon mari tous les soirs ». Derrière chaque visage, il y a une réalité de cette nouvelle maladie, la dépendance affective et sexuelle.

 

Elle court, elle court, la maladie d'amour

 

Jean-Pierre a une grosse voix. Un embonpoint prononcé, il rit fort. Fait des mimiques à chaque fois que le témoignage de quelqu'un le touche. Quand il prend la parole, il brasse l'air avec ses doigts, dont l'un est cerné d'une alliance. « Je viens à DASA depuis le début des années 1990. Aujourd'hui, je voulais vous faire part d'un sentiment très nouveau pour moi. Je me sens bien. Et putain, j'aime ma femme. Celle là même que j'ai engueulée parce qu'elle voulait pas assez faire l'amour avec moi ». Jean-Pierre est un membre fondateur de la fraternité DASA en France. Cela fait presque vingt ans qu'il fréquente ces groupes de parole importés des Etats-Unis. À l'origine, il y a un américain Alcoolique Anonyme qui trompe beaucoup sa femme. Il découvre le concept de « dépendance affective » théorisé par un psychiatre, Patrick Carnes, dans un livre resté célèbre dans le milieu, Sortir de l'ombre : Comprendre la dépendance sexuelle. Cet Américain a tenu à rester anonyme, mais n'en a pas moins créé les Sexual and Love Addicted Anonymous (SLAA), grand frère anglo-saxon des DASA. Les SLAA rejoignent la cohorte de groupes de « self-help » qui fleurissent aux Etats-Unis à la fin des années 1970. Outre mangeurs, débiteurs, alcooliques, narcotiques, un seul concept : aidez-vous et le ciel vous aidera. Toute la phraséologie des Alcooliques Anonymes, la manière souvent moquée de dire bonjour, le programme en douze étapes, la prière de la sérénité de Marc Aurèle récitée à chaque fin de séance, est ici transposé à la sauce dépendance affective.

 

 

S'il fallait inventer un détecteur à imposteurs dans ces réunions DASA, le rire pourrait servir. Car à voir toutes ces personnes normalement constituées au premier abord, on les imagine mal se tenir la main et réciter des principes de vie DASA tels que : « nous nous enlisons dans la dépendance affective, l'intrigue romantique ou les activités sexuelles compulsives ». Mais si de telles phrases n'arrachent de rictus à personne, c'est aussi parce que de nombreux DASA sont des habitués d'autres clubs de désintoxication. Alexandre, la quarantaine aux yeux bleus translucides passe l'intégralité de la séance à jouer avec une grosse pièce dans les mains. A la sortie, ce jeton prend tout son sens : c'est un jeton de sobriété, car Alexandre est aussi Alcoolique Anonyme. Il s'explique, à la terrasse d'un café après la réunion, devant une eau minérale : « Alcoolique Anonyme, c'est souvent l'arbre qui cache la forêt DASA ». Mathilde, les yeux usés et le teint gris, parle au cours de la réunion de cet homme qui l'a fait plonger. Elle l'a aimé, épousé, quitté. Comme une mauvaise drogue, l'héroïne, celle qu'elle a prise pour panser ses plaies amoureuses. Maintenant, elle n'est plus « narco », mais toujours accro à son homme. Elle tente pour la millième fois de recoller les morceaux de son couple, et si cette fois-ci, « ça tient à peu près la route, c'est grâce aux DASA ». Ainsi, les membres de DASA souffrent souvent de polyaddiction, un comportement compulsif en dissimulant un autre.

 

DASA addict

 

Et puis à DASA, il y a un côté « pot-pourri » de la souffrance amoureuse qui peut sembler étrange. Mariés, divorcés, célibataires invétérés, tout le monde est à la même enseigne. Au cours de la réunion du dimanche, les témoignages diffèrent beaucoup. Il y a Michael par exemple. Gros col roulé, physique passe-partout : c'est celui qui s'assoit à côté de vous dans le métro, votre voisin de palier que vous croisez aux boites aux lettres, votre collègue de bureau, vous l'avez vu partout et nulle part à la fois. « On ne meurt pas d'être un chômeur longue durée, un célibataire invétéré, un lâcheur d'amis. Mais on fait que survivre, on ne vit pas » explique-t-il. Souvent, derrière la dépendance affective, il y a aussi de gros décrochages sociaux. C'est un peu comme l'alcoolisme chez un SDF, il est très difficile de savoir qui, de la rue ou de la bouteille, a commencé.

 

 

A côté de Michael, il y a Pascal qui prend la parole pour décrire une solitude du niveau de toutes ces personnes âgées mortes silencieusement pendant la canicule de 2003. « J'en peux plus d'avoir peur des gens comme ça. Je passe mes journées tout seul. Je ne sais plus parler aux gens. Alors à une fille... » Pour parler à des gens, il fréquente assidument les réunions DASA. A Paris, c'est possible d'assister à une réunion différente chaque soir. « C'est l'un des travers de DASA, c'est qu'il y a des gens tellement seuls qu'ils vont à DASA juste pour voir quelqu'un pendant leur journée » explique Alexandre, le buveur d'eau aux yeux clairs. Certains sont désormais DASA addicts, la fonction de socialisation étant plus forte que l'aspect thérapeutique.

 

 

S'il fallait retenir une caractéristique de cette dépendance affective, ça serait l'idée de « chaîne de dépendance ». Eva Arkady écrit des ouvrages de développement personnel, dont Libre, l'après-dépendance affective. A la suite de ruptures amoureuses successives, elle a commencé à réfléchir à la problématique. Elle en a tiré des livres, et estime que « c'est une vraie maladie dont souffrent 80% des femmes. C'est la pathologie la plus répandue de la planète, car en fait c'est simple, toute personne qui a eu une famille dysfonctionnelle dispose d'un fort terrain à la dépendance affective ». Dans beaucoup de cas, les membres des DASA sont déjà dépendants d'autre chose, ou dépendants d'une personne elle-même dépendante à une substance. Julie, la benjamine de l'assemblée, aurait aimé « se scier les mains pour ne pas envoyer de texto de bonne année à son ex ». Amoureuse éconduite ? Peut-être pas. L'ex en question est alcoolique, elle l'aime mais il n'est pas capable d'avoir une relation de couple stable. La boisson ou elle, lui a-t-elle dit. Il a préféré l'alcool, c'est désormais à Julie de se sevrer de lui.(Source: mediapart)

 

Commentaires

bonjour,

vos groupe de conversations m intéressent -je suis une dépendante affective aussi

quelles sont les coordonnées de la DASA ?

merci

florence

Écrit par : cukier | 23/01/2010

Je suis dependant affectif et sex addict et le tout est de trouver une partenaire avec la meme "affection" et la ca peut etre tres tres chouette, une vie de couple fusionnelle, pour certain(e)s destructrice, pour les autres, enrichissante...

Olivier

Écrit par : Olivier | 05/02/2010

Bonjour,

Journaliste pour le magazine "Tellement vrai" sur nrj12, je prépare actuellement un prochain documentaire intitulé "les amours clandestines".

Pour ce faire je suis à la recherche de différents témoignages sur ce thème notamment:

- Maîtresse ou amant, vous acceptez de vivre dans l'ombre
- Vous êtes enceinte de votre amant
- Vous en avez assez d'être la numéro 2 et comptez mettre un terme à cette relation
- Votre entourage ne comprend pas votre liaison avec un homme marié
- Vous êtes trompée par votre mari mais vous n'arrivez pas à le quitter

ou encore:

-Vous êtes le fruit d'une relation adultérine et vous en avez toujours souffert
- Vous êtes le fruit d'une relation adultérine et vous recherchez votre père

Si vous vous sentez concernés, n'hésitez pas à me contacter, un premier contact n'engage à rien.

Je suis joignable au 01.53.84.30.22 ou par mail: mcottard@reservoir-prod.fr

A très vite j'espère

Madison Cottard

Écrit par : madison Cottard | 01/06/2010

Bonjour,

Je me permets de vous contacter car je suis journaliste pour uen Chaîne nationale. Je réalise actuellement un documentaire sur l'addiction affective et sexuelle. Afin de traiter le sujet dans sa globalité, je souhaiterai recueillir le témoignage d'un homme ou d'une femme dépendant au sexe.

J'ai parfaitement conscience que ce n'est pas une problématique facilement abordable et que pour un grand nombre, celle-ci est tabou.

Toutefois, je pense qu'il est de notre devoir de journalistes de dédramatiser ces pratiques tout en les associant à une addiction maladive ressentie par l'individu.

Ici, notre objectif est de comprendre le mal-être vécu par ces personnes, tout en abordant les méthodes qui les aident à s'en sortir (DASA).

Je tiens à vous souligner que nous nous voulons bienveillants dans le traitements de l'information et qu'en aucun cas, ce documentaire ne se veut risible et moqueur.

Si vous souhaitez témoigner, vous pouvez me contacter au 06 01 18 20 21

Merci d'avance

Écrit par : Etienne | 02/11/2010

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