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26/05/2009

Nez de femmes ou d'hommes

C'est scientifique : les strip-teaseuses sous pilule contraceptive reçoivent moins de pourboires que leurs autres collègues, qui, elles, touchent des rémunérations variant du simple au double. Les soirs où ces dames sont en période d’ovulation, le public leur distribue jusqu’à 70 dollars chacune. En revanche, lorsque, quinze jours plus tard, ces professionnelles ont leurs règles, leurs pourboires chutent de moitié. « Les femmes dégagent une odeur plus excitante quand elles ovulent », ont conclu, après deux mois d’observation in vivo, les chercheurs de l’université d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Cet exemple prouve, comme d’autres bien plus convenables, à quel point les odeurs nous influencent, voire nous dominent. L’odorat est pourtant un sens méconnu. (Source: lepoint.fr)


A tort. Car « aucun autre sens ne peut influer de manière aussi directe sur notre production hormonale, et donc sur notre comportement », affirme Hanns Hatt, un des grands spécialistes mondiaux de l’odorat, qui publie aux éditions du CNRS ses derniers travaux, joliment titrés « La chimie de l’amour ». A 62 ans, le scientifique allemand, directeur d’une équipe de 60 personnes à l’université de Bochum, se targue de quelques découvertes capitales. C’est lui qui démontra le premier que notre nez n’était pas le seul à sentir, tant s’en faut. Parmi nos 30 000 gènes, 350 servent à produire des récepteurs olfactifs, ils sont parmi tous nos chromosomes. Ainsi, notre intestin peut sentir des odeurs (il est sensible à la brise marine, par exemple), la prostate renifle, elle, l’odeur de la violette. Pour savoir si d’autres de nos organes sont dotés de telles capacités, le professeur Hatt bosse encore. A quoi cela peut-il servir ? Eh bien, à beaucoup de nouveautés médicales. Ainsi, « nous démontrerons bientôt qu’en envoyant une odeur antagoniste à celle de la violette dans le tissu de la prostate on peut y ralentir la division cellulaire ». Ce qui constituerait une piste prometteuse et totalement inédite pour freiner la progression d’un cancer, « nous n’en sommes qu’au début, les travaux sur l’odorat ouvrent des perspectives thérapeutiques immenses ». Le professeur Hatt élabore en ce moment une odeur qui, dix fois plus puissante que le Valium, un anxiolytique, pourrait obtenir les mêmes résultats curatifs. Il affirme également qu’une odeur pourrait demain servir de contraceptif, sûr et naturel. Car voilà une autre de ses découvertes : les spermatozoïdes sont des renifleurs talentueux, ils se guident grâce aux odeurs, celles-ci faisant office de panneaux indicateurs dans leurs déplacements. Deux récepteurs, situés juste au-dessous de leur tête, réagissent avec une énergie vibrionnante aux odeurs du muguet comme à celles, fruitées, paraît-il, de l’aldhélyde myrac. Du coup, il n’est pas fou de songer qu’en empêchant les spermatozoïdes de sentir on les réduirait à l’immobilité. Impossible alors d’aller rencontrer l’ovule, au fond des trompes de Fallope. Pas de muguet, pas de bébé.

Comportements impulsifs

Le champion de l’odorat demeure toutefois notre nez, « seul organe sensoriel dont les perceptions sont en prise directe avec le cerveau, notamment avec les amygdales. C’est sur ces deux glandes, pas plus grandes que deux noix, une pour chaque hémisphère du cerveau, que se concentrent toutes nos émotions, nos instincts et nos pulsions. Elles peuvent réagir en un éclair lorsqu’une odeur les atteint. » Ces odeurs nous dictent des comportements impulsifs, auxquels il est malaisé de résister. Des chercheurs suisses firent ainsi renifler à des femmes des tee-shirts portés plusieurs jours par des hommes. Plus le système immunitaire d’un homme différait du leur, plus les femmes en trouvaient l’odeur érotique. Du coup, les chercheurs suisses à l’origine de cette expérience affirmèrent que le nez des femmes leur sert à trouver, pour se reproduire, des hommes dont le patrimoine génétique est le plus éloigné du leur, « assurant ainsi à leur progéniture une plus grande variété de gènes ». Sans même penser à concevoir une postérité, les femmes recherchent instinctivement la compagnie d’odeurs fortement masculines. Pour le prouver, on imbiba les sièges d’une salle d’attente d’androstérone, substance puisée dans la transpiration masculine. Et tout spécialement celle des aisselles. Fumet peu délicat, donc. Les femmes entrent dans la salle et vont automatiquement s’asseoir sur les fauteuils secrètement parfumés. Quel que soit l’endroit où ils se trouvent-près de la porte, sous une fenêtre ouverte, etc.-ou leur niveau de confort. Les chercheurs renouvelèrent l’expérience en aspergeant d’androstérone des sièges de théâtre, des cabines téléphoniques ou les toilettes d’une pension pour jeunes filles. Bingo, les nez féminins s’y précipitèrent.

L’odorat donne des ordres à notre cerveau, sans qu’il parvienne à bien s’y soustraire. A tel point que les médecins réanimateurs s’interrogent sur les possibilités de réveiller des patients dans le coma en leur faisant sentir une odeur aimée. Lorsque Ariel Sharon, ancien Premier ministre israélien, sombra dans le coma, il fut tenté de le réveiller avec des odeurs de falafels. Sans succès, toutefois.

L’odeur nous mène. Et nous signe. Chacun d’entre nous sécrète sa propre odeur, aussi unique que son empreinte digitale. Infalsifiable, et impossible à masquer sous d’autres effluves artificiels. On s’en doutait, mais des universitaires autrichiens l’ont vérifié, voilà trois ans, dans une vallée alpine. Les 127 habitants eurent pour consigne de ne pas se laver, ni se parfumer, boire de café ou manger de l’ail pendant douze jours. Les 5 000 composants odorants prélevés dans leurs sécrétions corporelles permirent d’écrire un alphabet de nos odeurs. « Le profil olfactif d’un individu particulier et de son sexe se compose de 373 composants chimiques, explique Hanns Hatt, même après quatre semaines l’odeur d’un individu paraît inchangée. » Une empreinte chimique que la police secrète est-allemande recueillait avec minutie. Le film « La vie des autres » commence par un interrogatoire. Le suspect 227, les mains posées sous ses cuisses, répond quarante heures durant à des questions sur son emploi du temps. Son calvaire fini, il est évacué, le policier Gerd Wiesler retire alors, les mains gantées, la housse de la chaise, puis la place dans un bocal numéroté. Ce tissu, imprégné de l’empreinte chimique du suspect 227, permettra à des chiens de déceler son passage, ou de retracer ses itinéraires. « Après la chute du Mur, plus d’un millier d’échantillons de ce type furent retrouvés dans des hangars isolés de Berlin et de Leipzig », témoigne Hanns Hatt. Ces traces olfactives inspirent aujourd’hui des gouvernements plus démocratiques. Ainsi, lorsque en 2007 se tient à Heiligendamm le sommet du G8, des opposants présumés furent interpellés et priés de tenir des tubes métalliques dans leurs mains, afin d’y laisser leurs traces. (Source: lepoint.fr)

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