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22/06/2009

Et si on se suçait l'ananas?

Il avoue avoir essuyé pas mal de refus. Les traducteurs sont souvent «de chastes traductrices», rigole Antonio Fischetti. Il faut tout de même dire que ce n'est pas avec le rapport annuel du FMI ou la prose d'un notaire sous le bras que le journaliste de Charlie Hebdo s'est pointé chez eux. Mais avec tout ce que la langue française recèle de métaphores grivoises. Et surtout afin de savoir quelles formules les autres ont bien pu tricoter de leur côté pour parler de sexe sans en parler! (Source: lematin.ch)

Touiller dans le pot de miel

Grâce à son livre «Eternuer dans le chou-fleur et autres métaphores sexuelles à travers le monde», on sait que pendant qu'ici on sue dans une partie de jambes en l'air, à Montréal on se fait du bien à grands coups de je t'aime dans le mille-feuille. On trempe peut-être le biscuit, mais les Hollandais, eux, touillent dans le pot de miel. Et pendant qu'on prend son pied, allez savoir pourquoi, les Anglais grimpent au nuage numéro 9... Peut-être juste pour dépasser les Français qui se contentent du septième ciel, s'amuse Antonio Fischetti.


 

Mais la voûte céleste et la gastronomie n'ont pas le monopole de l'allégorie charnelle. Les Birmans qui veulent donner du plaisir à leur compagne jouent de l'harmonica, alors que les Vénézuéliennes s'essaient à la trompette et les Turques au saxophone pour rendre la pareille à leur partenaire. A côté de la musique, le camping occupe également pas mal les esprits mal tournés. Les Hongrois hissent le mât, les Colombiens montent la tente, pendant que les Danois jouent les Bédouins.

Nous aussi on serait plutôt piquet, alors que les Allemands donnent au sexe de l'homme une dimension moins boîte à outils et plus... baguette de sourcier! La désormais célèbre biloute des Ch'tis se mue en Victor au col roulé en Norvège. C'est un petit chauve en Hongrie, un turbulent en Thaïlande, un ambassadeur en République démocratique du Congo et un petit chef en Inde.

De la cressonnette au hérisson

Le sexe féminin, par comparaison, semble assez peu personnifié, relève Fischetti. Les Thaïlandaises parlent de leur petite soeur et les Allemands, décidément très bucoliques, évoquent des ailes de papillon. Pendant que nous appelons une chatte une chatte, les Néerlandais ont opté pour le castor, les Russes le vison et les Grecs... le hérisson. Cressonnette pour les Belges, les poils pubiens sont assimilés aux moustaches de Staline par les Norvégiens. Le clitoris, lui, passe pour une pipa (grosse graine de tournesol) en espagnol et une cerise en hébreux. Mais la palme, dans le domaine, revient sans conteste aux Anglais qui évoquent notre berlingot comme le petit gars dans le bateau.

Voile, gastronomie, animaux ou figure historique, la métaphore sexuelle n'a peur de rien. Enfin pas partout. «On pourrait croire que là où une chape de plomb pèse sur la sexualité, le langage est plus fleuri, mais pas forcément», note le journaliste, qui a eu nettement plus de peine à faire son marché de spécialités arabes ou asiatiques qu'anglaises ou néerlandaises.

On ne s'étonnera donc pas qu'en Europe du Nord la langue fourche et mélange avec pas mal d'espièglerie sexe et religion. S'il est bon amant, on dit d'un Hollandais qu'il connaît bien son catéchisme. Et lorsqu'il se masturbe, qu'il agace le pape. Moins hardis, les Français donnent du Petit Jésus au pénis, les Iraniennes perdent leur voile en perdant leur virginité et les Thaïs voient dans un testicule une grappe du paradis.

Plaisir divin, le sexe n'en est pas moins souvent comparé aux tâches ménagères les plus ingrates. Quand ils font l'amour, les Hongrois brossent, les Colombiens font la poussière et les Italiens balaient. Pareil en solitaire, le Suisse romand se polit le Chinois pendant que le Vénézuélien fait briller la fusée et que le Hollandais lave à la main... Même quand il embrasse, ce dernier dit qu'il fait la vaisselle. C'est toujours plus ragoûtant que les Finlandais qui se sucent les végétations adénoïdes!

Les algues lui ont poussé dans le fond

La sexualité est une hygiène de vie. D'ailleurs, quand le dernier ramonage commence à dater, une Française a d es toiles d'araignée dans la cave et une Turque les algues qui lui ont poussé dans le fond. Abstinente ou hyperactive, la femme fait souvent l'objet d'une imagerie particulièrement fertile. Entreprenante, elle est une chercheuse d'or en Angleterre. Volage, c'est un verre d'eau au Venezuela, parce qu'un verre d'eau, ça ne se refuse jamais... Au Brésil, c'est une biscotte, parce qu'elle se croque facilement. En Norvège, un aéroport, au Pays-Bas, un moulin à café. Même frigides, les femmes inspirent des métaphores. Au Japon, un thon gras ne signifie pas grosse et moche, mais une fille qui peine à atteindre l'orgasme...

«La norme sexuelle étant définie comme un homme et une femme qui sont chacun dans leur rôle, deux personnages reviennent fréquemment: l'homosexuel et la femme qui aime trop le sexe, analyse Antonio Fischetti. Il y a des différences d'un pays à l'autre, mais on retrouve cela un peu partout, ce qui montre que ce sont les hommes les maîtres de la société et du langage. Ces expressions correspondent à une vision assez masculine, c'est indéniable.»

Pas la peine de bouder son plaisir pour autant. «Eternuer dans le chou-fleur» compile des créations aussi triviales et poétiques que peut l'être le sexe, jouissives, parfois même impénétrables. L'auteur avoue d'ailleurs un petit faible pour ces expressions obscures dont on ne décèle plus d'emblée l'origine: «En Turquie un homme qui tire un 31 se masturbe. Est-ce parce que c'est le dernier jour du mois, celui de la paie et qu'il en profite pour s'offrir du bon temps comme on se mettrait sur son 31  Ou alors parce que dans l'ancien alphabet ottoman, la main se dit «el», un mot composé de la troisième et de la première lettre de cet alphabet? J'aime bien aussi les Anglais qui se font un sachet de thé...» Essayez donc de deviner!
* En Pologne on se «suce l’ananas» lorsqu’on s’embrasse à pleine bouche.

(Source: À LIRE «Eternuer dans le chou-fleur», Antonio Fischetti, dessins de Charb, Ed. Les Echappés, 2009)

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