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12/10/2009

Les dangers du sexting

Deux affaires d'échange d'images pornographiques entre collégiens sèment l'émoi, depuis la rentrée, en Loire-Atlantique. Des dérapages auxquels sont confrontés magistrats et enseignants.

Enquête (Source: Ouestfrance.fr)

Les adolescents usent et abusent du pouvoir de l'image sans toujours en mesurer les conséquences. Parfois graves. Deux histoires récentes l'illustrent.

Ces jours-ci, dans un collège de l'agglomération nantaise, les images d'un rapport sexuel entre deux élèves ont défilé sur des téléphones. Le garçon, âgé de 14 ans, a envoyé avec son portable la vidéo de la relation qu'il avait eue avec sa petite amie. Émotion dans le collège. Sans parler du choc subi par la jeune fille. Ses parents ont porté plainte. L'établissement n'a pas pris de mesures particulières.

L'affaire a évidemment été prise au sérieux par la police. Elle a entendu les élèves qui ont reçu la vidéo, ainsi que l'auteur présumé. Il n'a pas encore été sanctionné. La captation et la diffusion d'images à caractère sexuel d'un mineur est un délit grave, passible de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende.

Le procureur, pour asseoir ses réquisitions, attend le résultat d'une expertise psychiatrique du mineur. Acte prévu par la loi pour les infractions à caractère sexuel.

Aux États-Unis, on appelle ça du sexting

Ce fait n'est malheureusement pas un cas isolé. Aux États-Unis, on appelle cela du sexting. On se vante d'un rapport sexuel, preuve à l'appui. Et pas seulement en racontant « ça » à ses copains dans une cour d'école.

Une seconde affaire a secoué un autre collège du département, en campagne celui-ci. Ça commence comme de la drague. Le garçon d'une classe de 4e a demandé à une fille de 6e de se prendre en photo, nue. Ce qu'elle fait.

Ni une ni deux, les photos ont circulé dans l'établissement. Envoyées par le garçon et, semble-t-il, par la jeune fille. Choqués, certains élèves ont néanmoins alerté les professeurs (lire ci-dessous). Mais aucune plainte n'a été déposée.

C'est l'un des dangers rencontrés par ces adolescents accros du portable. 73 % des 12-17 ans en ont un dans les poches, selon une enquête TNS Sofres. Le Sénat veut interdire l'usage des mobiles dans les écoles primaires et les collèges. Il s'agit, pour le législateur, d'une précaution visant la santé publique.

En tenant ainsi les ados à l'écart des ondes, un autre intérêt pourrait apparaître, celui de limiter le sexting. Mais, bien souvent, dans la réalité, les portables sont déjà interdits dans les établissements scolaires.

Le point sur le sexting (Source: avantges magazines)

 Le problème vient surtout de la circulation possible de ces photos entre élèves d'une même classe, d'un collège, d'un lycée, ou pis, la diffusion de ces images sur Facebook, MySpace ou YouTube, explique Dominique Delorme, responsable de la ligne d'assistance net-ecoute-famille (0 820 200 000) mise en place par le gouvernement l'an dernier. »

 

Du jeu amoureux au chantage

Pourquoi envoie-t-on des photos compromettantes à d'autres ? « Il peut s'agir d'un amoureux éconduit, d'une amie malveillante ou même d'un pervers, d'un prédateur, qui ment sur son identité, se faisant passer pour une fille et incitant l'ado à se déshabiller devant sa webcam, affirme Dominique Delorme. Car le sexting ne concerne pas uniquement le portable, mais tout Internet. Je reçois des coups de fil de parents choqués par ce qu'ils ont vu sur le téléphone mobile de leur enfant. » L'ado ainsi exposé risque d'être mis au ban de sa classe, de son établissement, d'être l'objet de moqueries ou même de chantage. Ainsi, aux Etats-Unis, une jeune fille, dont les clichés compromettants avaient circulé, s'est donné la mort l'an dernier.

 

Et le droit dans tout ça ? 

Protection de la vie privée, droit à l'image, le sexting devrait être un délit facilement condamnable. La loi punit en effet la diffusion d'images pornographiques de mineurs. Mais il faut aussi prouver que la victime n'était pas consentante, selon l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication, ce qui n'est pas toujours facile.

 

Comment protéger nos enfants ?

En expliquant aux plus grands qu'accepter de poser dans des positions illicites, même par jeu, avec son amoureux(se) du moment, représente une dévalorisation de soi, une façon de se présenter qui peut leur nuire, même plus tard dans leur vie professionnelle, avec la recherche d'infos sur les candidats par Facebook.

En demandant à l'opérateur d'activer gratuitement le contrôle parental qui bloque l'accès à certains contenus sensibles comme des sites de rencontres ou de charme. Un million de parents l'ont déjà fait selon l'Afom (Association française des opérateurs mobiles).

▪ En insistant auprès des plus jeunes pour qu'ils montrent à un adulte (pas forcément vous !) les photos reçues qui les choquent ou les mettent mal à l'aise. Ils ne doivent surtout pas y répondre (on ne sait pas qui se cache derrière ces photos) et encore moins les transmettre. Il faut cependant conserver les images, les captures d'écran, les conversations msn pour constituer un dossier. On peut ensuite alerter le site officiel www.internet-mineurs.gouv.fr sur tout contenu illicite et déposer plainte au commissariat si l'on est la victime directe.

 

Des ados toujours plus branchés

71 % des 12-14 ans et 94 % des 15/17 ans possèdent un téléphone mobile perso. Leurs activités favorites ? Envoyer des sms, des photos ou des vidéos (73 % des 12-14 ans et 70 % des 15-17 ans).

 

Une naïveté souvent confondante

 

Pour le psychosociologue Jean Epstein*, les nouvelles technologies permettent aux jeunes d'exprimer leur besoin primitif de créer du lien, mais traduit aussi leur ambivalence face à leur corps. « Ils veulent le faire exister, donc le montrer, mais ont aussi besoin de se rassurer sur leurs complexes. Il s'agit alors d'un rituel, une façon de montrer que l'on en est capable. Dans leur naïveté, ils ne comprennent pas le danger et peuvent être détruit par l'humiliation d'une exposition publique. »

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