Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

30/10/2009

Les pannes sexuelles sur les routes

Les pannes sexuelles sont un quasi-tabou. Pour aider les éclopés de l'amour à en parler, des sexologues parcourent la France à leur rencontre. (Source: le journal du dimanche)

Il y a ceux qui tournent autour du "camion du désir" avant de se décider à monter à bord ; ceux qui s’approchent tout près, très lentement, et rebroussent chemin au dernier moment; ceux qui acceptent un dépliant mais pas la discussion; et ceux, enfin, qui lancent en rigolant: "Moi, j’ai jamais eu aucun problème. L’amour, ça s’apprend pas."

Eh bien si, ça s’apprend. Et non, les pannes sèches n’arrivent pas qu’aux autres. Et s’il fait un froid polaire sous la couette, le mieux c’est encore d’en parler. Tous deux sexologues et membres de l’Adirs (Association pour le développement de l’information et de la recherche sur la sexualité), Didier Blond et Christine Rousse ont entamé cette semaine (1) un tour de France pour aller à la rencontre des éclopés de l’amour. A Lille, Nancy ou Paris, une cinquantaine d’hommes et de femmes ont vaillamment grimpé à bord du poids lourd gris et confié aux spécialistes quelques-unes de leurs peines de corps. Certains sont repartis rassurés : on peut tous avoir des baisses de désir passagères ; on n’est pas obligés de rivaliser avec les stars du porno. D’autres ont trouvé pour la première fois des pistes pour doper érections et orgasmes récalcitrants.

Apprendre à "lâcher prise", à "prendre du plaisir"

Tabous suprêmes quand chacun est sommé d’être performant, au lit comme au bureau, les problèmes sexuels sont assez fréquents, et pas seulement quand l’âge avance. Selon l’Enquête sur la sexualité en France , vaste exploration sociologique de nos alcôves, 11,7% des femmes et 9% des hommes y sont confrontés chaque année et la moitié de la population en connaît "de temps en temps". D’autres études montrent que 80% des personnes atteintes de troubles d’ordre sexuel ne bénéficient d’aucune aide.

Pourtant psychologue de métier, Joss, 30 ans, erre depuis cinq ans de cabinets médicaux en divans de psy à la recherche d’un remède à ses soucis d’érection. "C’est frustrant, dégradant, se désole-t-il. J’ai peur de perdre ma copine. Les généralistes à qui j’en ai parlé ont tous eu l’air de me dire que c’était du stress et que ce n’était pas grave." A bord du camion gris, au lieu du viril et peu pertinent: "Sois un homme, mon fils", Joss a entendu mercredi des paroles réconfortantes. Il sait désormais comment trouver un sexologue et compte bien apprendre à "lâcher prise", à "prendre du plaisir".

Auteure du chapitre consacré aux difficultés sexuelles dans l’enquête sociologique sur la sexualité des Français, la psychosociologue Sharman Levinson ne nie pas l’intérêt d’une prise en charge médicale mais s’inquiète d’une médicalisation à outrance, alimentée par le lobbying des firmes pharmaceutiques: "D’abord, tous les gens qui ont des problèmes n’en souffrent pas. Certains s’en accommodent très bien. Au lieu de prescrire du Viagra aux autres, on devrait leur conseiller de parler avec leur partenaire. La communication fait parfois plus de miracles que les médicaments."

(1) Sponsorisée par la firme pharmaceutique Lilly, l’Adirs poursuit son tour de France cette semaine à Marseille, Toulouse et Nantes. Renseignements sur www.adirs

Les commentaires sont fermés.