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21/12/2009

La sexualité des enfants expliquée aux parents

Lorsque des parents attendent le bon moment pour parler de sexualité avec leurs enfants, le bon moment est déjà loin derrière. C’est ce qu’affirme le docteur Mark Schuster, professeur de pédiatrie à la Harvard Medical School, chef de service pédiatrie et chef de service adjoint santé générale au Children’s Hospital de Boston.

Dans une nouvelle étude publiée aujourd’hui dans la revue Pediatrics, Schuster et ses collègues résument une année d’étude consacrée à 141 adolescents de 13 à 17 ans et leurs parents. Au début de l’étude, aucun des ados n’avait encore eu de relations sexuelles. À trois reprises au cours de l’année, les chercheurs ont suivi les ados et leurs parents, leur posant des questions très précises au sujet des échanges parents-adolescents concernant la sexualité, et interrogeant les enfants sur un éventuel début d’activité sexuelle. Les questions posées abordaient aussi bien les domaines de la morale et des valeurs (à savoir, ce qui peut justifier de s’abstenir, comment savoir qu’on est amoureux) que des aspects très concrets de la vie sexuelle et de la contraception (bien utiliser un préservatif, les différentes méthodes de contraception).

En analysant leurs données, les chercheurs ont déterminé qu’au cours de l’année, 40 % des garçons et 46 % des filles avaient eu des relations sexuelles, avant même que leurs parents leur aient prodigué de quelconques conseils sur la façon de proposer un rendez-vous. Plus de 40 % des adolescents avaient eu des relations sexuelles avant d’avoir eu la moindre conversation avec leurs parents sur l’utilisation du préservatif, les méthodes de contraception, ou les maladies sexuellement transmissibles.

Dans 40 % des cas, les parents avaient abordé la question en expliquant à leurs enfants pourquoi les adolescents doivent s’abstenir d’avoir des relations sexuelles — alors que ceux-ci s’y étaient déjà essayés.

Il y a dans cette histoire quelque chose du verre à moitié vide ou à moitié plein. Tous les ados ou presque ont indiqué qu’ils avaient eu des conversations avec leurs parents sur les conséquences d’une grossesse. La majorité d’entre eux avaient discuté avec leurs parents de la façon de choisir le moment de la première relation sexuelle avec son partenaire. Et 60 % environ des enfants avaient entendu parler de contraception et de MST avant leur initiation.

C’est ici que les détails fins de l’étude prennent leur importance. L’étude n’est pas représentative au niveau national. Les parents participants étaient, dans leur grande majorité, éduqués et très aisés (avec un revenu moyen de 90 000 dollars annuel). Plus significativement, ils s’étaient portés volontaires pour rejoindre une étude sur l’amélioration de la communication parent-enfant sur le sujet de la sexualité. Ces parents ont donc dès le départ fait montre de leur motivation à améliorer leur prise en main de la question. En posant aux parents les questions qu’ils avaient préparés sur la façon de parler de sexualité, les chercheurs leur ont pour ainsi dire fourni une liste de thèmes relatifs à la sexualité susceptibles d’être abordés.

En conséquence, il est probable que l’étude publiée dans Pediatrics surestime le nombre de conversations sur la sexualité entre parents et enfants. En réalité le nombre de parents et d’enfants se décidant à en parler est encore inférieur. Et si effectivement ils en parlent, c’est bien souvent trop tard — après que leurs enfants soient devenus sexuellement actifs.

De fait, selon le Centers for Disease Control, si 68 % des étudiants de terminale ont perdu leur virginité, un tiers des collégiens de troisième déclarent avoir déjà eu des relations sexuelles.

Parallèlement, des études indiquent que de véritables conversations parent-enfant sur le thème de la sexualité ont par elles-mêmes des effets prophylactiques. Lorsqu’enfants et parents parlent de sexualité, les enfants retardent leur première expérience sexuelle. Ils ont moins de partenaires, et sont moins enclins à avoir des relations non protégées.

Alors, le meilleur moment d’aborder la sexualité, c’est quand ?

Selon Schuster, c’est quand un jeune enfant demande "d’où viennent les bébés ?". Inutile avec un très jeune d’aborder le sujet très en détail. Une explication schématique suffira. "On peut expliquer que les hommes ont du sperme, qui agit comme de petites graines, que les femmes ont des œufs, et que le sperme et les œufs se mélangent et font un bébé". Peu d’enfants demanderont plus de détails : beaucoup, un peu dégoûtés, passeront rapidement à autre chose.

Attendre n’apporte rien, selon Schuster. À l’inverse, il conseille aux parents d’en faire un thème de conversation récurrent. D’autre part, les enfants doivent connaître les effets de la puberté (émotionnellement, physiquement) avant l’arrivée de la puberté, afin qu’ils sachent à quoi s’attendre.

"Lorsqu’on dit à un enfant : "Tu n’es pas assez grand pour ça" ou : "Demande à ta mère", leur questionnement ne s’arrête pas là", explique Schuster. "Au contraire, l’enfant prend conscience qu’il existe un sujet qu’il n’est pas supposé évoquer avec ses parents. Il va alors se tourner vers ses copains ou ses copines d’école. Quand ils en seront à l’adolescence, il leur sera inconcevable de parler sexualité avec leurs parents. Un moment où c’est précisément vers les parents qu’ils devraient se tourner".

Schuster insiste : il faut aborder le sujet avant le collège — avant que les enfants se mettent à envisager d’avoir eux-mêmes des relations sexuelles. Si l’on attend pour en parler leurs premiers rencarts, ce sera trop tard et trop conflictuel.

Toujours selon Schuster : "Si vous entreprenez votre fille, seize ans, une heure avant son rendez-vous en pensant : "bon, c’est le moment de parler sexualité", elle va le prendre comme de la suspicion : vous pensez qu’elle va coucher". Elle va prendre cette conversation de façon trop personnelle et comme si elle concernait tout particulièrement ce rendez-vous bien précis.

Schuster, lui-même père, comprend très bien les réticences des parents à aborder les questions de sexualité avec leurs enfants. Repousser le moment de parler du sujet ne le rendra que plus difficile à aborder. Ce qui mène à un autre problème : les études ont montré à plusieurs reprises que les parents parlent de sexualité en termes si vagues, que leurs enfants ne comprennent même pas que c’est de sexualité dont ils parlent.

Plutôt que d’éviter le sujet, Schuster suggère aux parents d’être honnête avec leurs enfants. Ils peuvent avouer leur gène, ou leurs difficultés à parler de sexualité, tout en rappelant qu’il est plus important d’en parler que le contraire. Ils peuvent également admettre s’être trompé et revenir sur la question une semaine plus tard pour essayer de mieux l’expliquer. Et si la sexualité devient un thème de conversation courant, les parents disposeront de plus d’occasions de faire passer le message.

"Il est difficile d’affronter le fait que vos enfants grandissent. C’est bien souvent la dernière chose à laquelle on veut penser. Et pourtant, si en tant que parent vous voulez faire partie de la vie de vos enfants, c’est à vous d’engager cette conversation". (Source: nouvelobs.com, Par Ashley Merryman

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