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14/06/2010

Radiographie de l'infidélité


« Seuls 0,6% des femmes et 1,2% des hommes qui vivent en couple déclarent avoir eu leur dernier rapport sexuel avec une autre personne que celle qui partage leur vie.»  (Source: lefigaro.com)

En dépit d'une liberté sexuelle affichée, elle reste une épreuve pour le couple. Et fait souffrir le trompé… comme l'infidèle. 

Très souvent, on croit expliquer les causes d'une escapade sexuelle hors du couple par un laconique «il y a forcément quelque chose qui ne va pas entre eux». C'est alors bien minimiser la complexité de la psyché humaine: il y a sans doute autant de manières d'être infidèle que d'individus, et l'on ne peut réduire le besoin d'«aller voir ailleurs» à une unique motivation.

Une enquête sociologique menée par Charlotte Le Van, universitaire de Caen-Basse-Normandie et membre du Centre d'étude et de recherche sur les risques et les vulnérabilités, permet de dessiner une typologie contemporaine du «pas de côté» tel qu'il est vécu de l'intérieur et en toute franchise par ceux qui s'y laissent aller.

Premier constat de la chercheuse: l'adultère est en baisse. «Seuls 0,6% des femmes et 1,2% des hommes qui vivent en couple déclarent avoir eu leur dernier rapport sexuel avec une autre personne que celle qui partage leur vie, des chiffres qui annoncent une régression par rapport aux enquêtes antérieures (voir l' enquête «Contexte de la sexualité en France») et qui surtout sont moindres que ceux annoncés régulièrement dans les médias», avance la chercheuse dans son livre Les Quatre Visages de l'infidélité en France (Éd. Payot).

Autre découverte: malgré la grande libération sexuelle affichée par notre époque, l'infidélité reste une option risquée, plutôt «à taire». Ainsi, il ne lui a pas été facile de trouver des témoins prêts à parler: «Il nous fallut en effet plus de deux ans d'efforts répétés pour parvenir à réaliser cinquante entretiens suffisamment diversifiés.» Sur ces témoignages retenus, «trente et un sont ceux de femmes parce que celles-ci, quoique statistiquement moins infidèles, présentent des raisons de le devenir plus variées que les hommes».

 

Entre sécurité et passion

 

Ce qui perdure, c'est l'impact provoqué par l'épisode adultérin. Sur le couple, bien sûr, «depuis les années 1980-1990, les jeunes couples que nous recevions se déclaraient suffisamment sûrs d'eux pour s'accorder une liberté sexuelle, confirme Catherine Serrurier, psychothérapeute du couple et de la famille, auteur de C'est ta faute! Pouvoir, peur et rivalité dans le couple (Éd. DDB). Mais peu à peu on recevait l'un ou l'autre qui venait, seul, parler de sa souffrance. Souffrance du “trompé”, qui a besoin de parler de son sentiment d'abandon et de ne pas avoir été suffisamment “bien” pour retenir l'autre; souffrance de l'“abandonneur”, qui lui aussi a toujours un sentiment de culpabilité consciente ou inconsciente et qui surtout vient nous voir, perdu et confus, quand il se met à ressentir un amour plus fort pour ce qui n'était qu'une “passade” et se sent déchiré entre sécurité et passion».

L'infidélité a donc une valeur initiatique chez ceux qui empruntent ses chemins de traverse. Bien sûr, une grande catégorie de témoins avancent des raisons d'insatisfaction relationnelle avec leur concubin(e) pour expliquer leurs aventures extraconjugales: celles-ci arrivent alors pour «compenser», «se venger», ou «par désamour».

 

Test et goût de l'excès

 

Mais plus nouvelles, en phase avec l'individualisme contemporain, certaines formes d'infidélité relevant d'une dimension plus personnelle émergent: jeunes femmes qui veulent «tester» d'autres partenaires amoureux «pour enrichir leurs expériences, mais également s'assurer qu'elles font le bon choix en s'engageant auprès de leurs partenaires», précise Charlotte Le Van; «infidèles chroniques» (en majorité des hommes), pour qui les relations extraconjugales s'accordent au goût de l'excès et aux conduites à risques qu'ils mettent en place dans d'autres pans de leur vie («Eux sont du type Don Juan qui cherchent à éprouver la sensation d'exister à travers de multiples aventures», précise Catherine Serrurier); «fidèles de l'infidélité» qui adhèrent à une philosophie de vie entre hédonisme et anarchisme…

Certaines données semblent toutefois éternelles: pour justifier leur entrée dans l'infidélité, de nombreuses femmes invoquent une déception amoureuse ou conjugale, tandis que les hommes n'ont pas besoin de tels arguments. «Dans l'esprit de certaines femmes infidèles, mari et amant se complètent pour constituer une sorte d'amour idéal, et cette situation peut durer très longtemps! observe Catherine Serrurier. Jusqu'au jour où l'amant se montre trop exigeant, alors que la femme demandait seulement à être aimée, célébrée par des caresses verbales, physiques… Dans ce cas, l'empressement de l'amant peut provoquer une rupture.»

Car au bout du compte, avec la vulgarisation des ouvrages de psychologie qui encouragent le dialogue et l'équilibre des relations dans la vie à deux, s'impose une nécessité nouvelle: préserver le couple établi. Non plus par respect d'une norme sociale mais dans un souci de cohérence personnelle.(Source: lefigaro.com)


Gérard Pommier : « De nombreuses femmes vivent une forme d'infidélité psychique. » .(Source: lefigaro.com)

INTERVIEW - GÉRARD POMMIER, psychanalyste, vient de publier Que veut dire «faire» l'amour ? (Éditions Flammarion). 

Pourquoi l'infidélité, même non dite, est-elle toujours bouleversante?

Parce que nos amours humaines sont structurellement placées sous le signe de la duplicité: la vie amoureuse de l'être humain prend son départ dans l'enfance, et le désir sexuel garde le souvenir de ces premiers élans, à ce moment où il faut rompre les liens familiaux. Pour la psychanalyse, l'amour sexuel reste ainsi par principe duplice, trompeur. Pour aimer un homme, il faut «tromper» son père. Pour aimer une femme, «tromper» sa mère: c'est une transgression, généralement inconsciente, qui est fondatrice de la jouissance sexuelle et des potentialités orgastiques, pour cette raison parfois difficiles à atteindre. C'est pourquoi le désir est une épreuve. Il nous oblige à franchir nos propres limites internes.

L'infidélité peut-elle permettre de franchir plus facilement ces caps intérieurs?

Certains ont en effet besoin de la «tromperie» pour avoir accès au plaisir sexuel. De nombreuses femmes vivent une forme d'infidélité psychique: elles pensent à un inconnu croisé dans la rue deux jours avant pour pouvoir jouir avec leur compagnon régulier ou leur conjoint, surtout quand celui-ci est devenu père… Avec l'arrivée des enfants dans un couple, il nous suffit d'observer: même jeunes, l'homme et la femme qui viennent de devenir parents s'appellent «papa» ou «maman». Effectuer des retrouvailles avec leur amoureux(se) du début ne se fera pas sans une certaine période de réaménagement psychique, cela peut demander du temps. Fantasmer sur «un(e) autre» peut les aider à franchir le cap dangereux de la jouissance. On pourrait dire qu'inconsciemment ils arrivent «à quitter leur famille d'ori­gine» seulement en ayant un plaisir transgressif.

Avec un amant ou une maîtresse, rejoue-t-on aussi de manière inconsciente nos premiers liens amoureux?

Certainement. Observez comme certaines femmes recherchent presque systématiquement des hommes infi­dèles: elles répètent l'abandon qu'elles ont vécu dans leur inconscient avec leur père, forcément engagé avec une autre. Ainsi, elles sont particulièrement attirées, à leur insu et bien malgré elles, par les hommes mariés. Quant à certains hommes, ils ne peuvent courtiser que des femmes «impossibles»: vivant à des milliers de kilomètres, ou totalement centrées sur leurs enfants… Si jamais, au bout du compte, ils parviennent à leurs fins, ils perdent soudain leur intérêt pour leur conquête. Ceux-ci veulent répéter de manière inconsciente l'impossible vécu dans leurs premiers liens, même si cet impossible est source de souffrance.

Dans les cas de fidélité bien vécue, que se passe-t-il?

Si le fantasme d'infidélité est une constante, il ne concerne que le désir sexuel. Cela veut dire que lorsque l'amour pour une certaine personne est puissant et unique, l'infidélité reste seulement un fantasme, généralement inconscient, qui ne fait que pimenter l'érotisme d'un couple.(Source: lefigaro.com)

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