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07/12/2009

La sexualité en prison

Arnaud Gaillard a passé trois ans à enquêter sur la sexualité en prison. Il a visité cinq établissements pénitentiaires. Rencontré une soixantaine de détenus. C'est même Tony, l'un d'entre eux, qui résume le mieux la pensée de ce sociologue. «Si on pouvait baiser en prison, l'administration pénitentiaire aurait moins de problèmes!» De fait, dans son ouvrage* de plus de 300 pages, Arnaud Gaillard relate les viols sous les douches ou la masturbation «jusqu'à douze fois par jour», plaidant pour un droit à l'intimité des personnes détenues. «Ça rendrait la prison moins dangereuse et la réinsertion plus facile. Il y a trop de tensions si on contient les désirs...»

D'ailleurs, la prison ne les contient pas, elle s'en accommode. Le Code de procédure pénale a beau interdire aux détenus « les actes obscènes ou susceptibles d'offenser la pudeur » (art. D249-2), les surveillants ferment les yeux. Mieux, ils distribuent chaque semaine des préservatifs aux prisonniers qui attendent l'heure du parloir pour avoir des rapports sexuels (lire ci-dessous). «J'ai vu une femme qui taillait une pipe à son mec dans un parloir normal, raconte un détenu. Ce qui m'a choqué, c'est que ma mère était à côté!»

Après avoir entendu ça, Arnaud Gaillard a voulu passer à l'action. Il a lancé une pétition pour le droit à l'intimité des prisonniers. Onze parlementaires, de gauche comme de droite, l'ont déjà paraphée. Parmi eux, Etienne Pinte (UMP), parce que «les détenus ne devraient pas avoir à réapprendre la vie en sortant de prison». Ou Jack Lang (PS), car on «n'a pas le droit d'humilier qui que ce soit». Tous réclament l'ouverture rapide de parloirs intimes. Aujourd'hui, en France, il n'en existe que 34 dans les 5 maisons centrales (sur 194 établissements pénitentiaires). Lors d'un entretien à 20 Minutes, Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la Justice, a assuré que toutes les nouvelles prisons construites en seraient dotées. Pour les anciennes, il faudra patienter.

* Sexualité et prison. Désert affectif et désirs sous contrainte, éd. Max Milo, 19,90 euros.